Apprivoiser le temps

mercredi 9 octobre 2019 0

Vivrions-nous le temps comme un mouvement ininterrompu dans lequel il n’y a aucune paix, aucun repos, dans un combat incessant pour avoir un temps de repos, puis un temps de travail, puis un temps de loisirs, puis un temps de vie de famille ; bref  un temps chronométré, dé-mesuré, dé-coupé, lacéré, haché, qui n’a plus aucune épaisseur, qui n’a plus aucune intimité ;  un temps qui surcharge, qui alourdit, qui dompte et qui asservit.

Ou bien, serions-nous comme ces chrétiens de Thessalonique qui pensent que puisque tout a une fin, alors rien n’a plus d’importance. Ils se sont dits : « la fin des temps est proche, donc ce n’est plus la peine de travailler » (cf. la seconde Lettre aux Thessaloniciens). Puisqu’ils estiment que le temps file entre leurs doigts, alors ils le laisseront couler lentement vers son néant.

Ou encore, considèrerions-nous le temps comme une réalité insupportable et que nous ne voudrions pas le voir en face parce qu’il rappelle sans cesse que notre temps est compté, que tôt ou tard, la mort nous attend. Ainsi, le temps serait vécu comme une sorte de refoulement : ne pas regarder en face le chemin  sur lequel nous nous engageons, un chemin de vie et de mort entremêlées.

Nous ne savons pas apprivoiser notre temps.  Nous avons tant de mal à l’accepter comme ce que Dieu en fait pour nous. Chaque minute qui s’écoule, c’est l’éternité de Dieu qui vient se glisser subrepticement là où il devrait y avoir la mort et la désespérance. Et c’est dans ce creux que Dieu se donne et nous dit : « Ne crains pas, je suis avec toi » (Esaïe 41, 10) . C’est pourquoi, si l’on nous dit qu’Il est ailleurs, n’y allons pas, car Il est là, Il se tient à la porte, et Il frappe.

Le temps n’en reste pas moins un temps de lutte et d’épreuve, car il y a encore les forces du monde en dehors de nous et au-dedans de nous qui refusent la venue de Dieu. Le temps, dans lequel Dieu veut se glisser pour le saisir et le faire exploser de l’intérieur, est encore un lieu du combat contre tous les refoulements, tous les désirs de destruction. Il y a encore au cœur du monde et au cœur de notre existence, ces forces de mal, de mensonge et d’égoïsme qui se déchaînent et qui se refusent à Dieu. Alors, pour que Dieu fasse resplendir sa présence, il faut donc que ce combat soit livré au plus intime de l’homme.

Le prophète Malachie disait que « le jour du Seigneur » apporterait la guérison (Malachie 3, 19 – 24). C’est l’image de ce que les hommes sont aujourd’hui : des êtres blessés par toutes les détresses qu’ils portent. Mais ils peuvent déjà (- aussi -) vivre le temps de guérison. Car voici que le Christ est « sorti » de son éternité, qu’il s’est penché vers les hommes pour se glisser davantage dans leur temps, comme le baume qui guérit dans une blessure.

Alors, si nous voulons apprendre comment vivre le temps, il ne nous reste qu’à vivre l’espérance en Jésus-Christ.


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