Et Jésus referma le livre (Luc 4, 20)

vendredi 2 février 2018 0

L’évangéliste Luc décrit la scène de la synagogue – le jour où, de retour à Nazareth, Jésus a prêché au peuple la Bonne Nouvelle – comme une chose vue. Jésus ouvrit le livre … il le parcourut jusqu’au passage où il est dit … et il referma le livre.

Le geste de refermer le livre valait-il la peine d’être noté ? Où pouvait bien être la grandeur d’un geste si simple, presque banal ? Certes, ce geste de celui qui disait aux pharisiens comme une condamnation : « vous êtes des acteurs ! », n’avait rien de théâtral. Ce qui lui avait donné sa grandeur, c’était la personne même du Christ : Il referma le livre.

Le livre que Jésus referma était le livre de la prophétie. Il venait de lire un texte d’Esaïe : « l’Esprit du Seigneur est sur moi pour annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres : il m’a envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé, pour proclamer aux captifs la délivrance et aux aveugles le recouvrement de la vue, pour renvoyer libres les opprimés, pour publier une année de grâce du Seigneur »**. Ayant refermé le livre, Jésus commença à dire : aujourd’hui cette parole est accomplie. Le livre fermé, mis de côté, le Christ demeura : il se présente lui-même comme celui qui achève, qui fait aboutir – qui accomplit.

Ici comme toujours, cette scène de l’évangile peut et doit se reproduire dans la vie de tout chrétien. Me voici avec un passage de la Bible : je l’ai lu. S’il est bon, il est de ces textes qui prophétisent un monde tout autre que notre monde, où la justice et la bonté seront ; il me laisse tout frémissant parce que mes yeux ont vu, comme une échappée, à l’horizon les « temps meilleurs ». Il me laisse exalté mais troublé : car ces temps meilleurs ne sont pas là ; ils sont peu probables ! Qui les fera venir ? 

Le livre est fermé, mais une voix se fait entendre : « aujourd’hui cette parole est accomplie ». Ce monde meilleur ne serait donc pas loin ; il est même déjà réalisé en une personne, non point du passé mais du présent, toujours vivante : « je suis, Moi, ce monde meilleur, je suis cette Vérité, je suis cette Justice, je suis cet Amour dont il t’a été parlé dans ce livre, je suis cela en acte, au travail. Tout ce que ce livre a fait lever en toi de désirs, je peux et je veux l’accomplir en toi, et tu le recevras si abondamment que ta vie débordera sur le monde. Mets de côté ce livre et moi, je reste avec toi : je suis celui qui remplis ton espérance ».

Un chrétien reconnaîtra un mauvais livre lorsque celui-ci ne le mène pas plus loin : il le mène au beau milieu du monde, devant ses misères et ses laideurs, il l’y enfonce et le laisse là : le livre reste ouvert et personne ne le referme, ni nous, ni un autre : nous y sommes pris, nous n’en sortons pas, il nous hante. Et un sentiment de solitude nous monte au cœur : c’est que le Christ s’est éloigné. Là où le réel suffit, là où pèse la fatalité qui fera l’avenir semblable au passé, là où l’esprit se ferme à toute espérance, que ferait le Christ ? Il ne vient que pour ouvrir les chemins vers l’au-delà, vers le parfait, pour s’ajouter lui-même au réel et y faire entrer le divin.

On reste avec un livre, un livre d’images, tout de couleurs et de formes, plus ou moins troublantes, plus ou moins fuyantes, un livre réaliste ; mais la vérité vivante, la Personne, qui par son contact, par sa présence, pénètre, émeut ces possibilités, ces rudiments de vivants que nous sommes encore, et les élève jusqu’à l’achèvement, jusqu’à la plénitude de l’identité, le Christ, se tait.

Ce que voudrait être la Bible est donc bien clair : elle voudrait être le livre où se lisent les paroles annonciatrices d’un monde meilleur, d’une vie meilleure, tel que le Christ puisse lui-même le fermer. Et que les pages fermées, Il reste, parle, agit et accomplit !

Pasteur Laza Nomenjanahary

** Esaïe 61, 1


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