Message de Laza Nomenjanahary, Inspecteur ecclésiastique, au synode de l’ILP, le 13 février 2021

mercredi 24 février 2021 0

https://www.youtube.com/watch?v=kCHSkGptRX8

Chers amis,

Dans les circonstances particulières que nous traversons avec tous nos contemporains, et après le report de notre Synode régional de l’automne, d’abord en décembre, ensuite en janvier, nous pouvons aujourd’hui, samedi 13 février 2021, tenir notre session de 2020.

Je vous salue fraternellement : les pasteurs, les délégués des paroisses et de la Mission intérieure, les membres du Conseil régional, les représentants de l’Entraide luthérienne, de la Mission jeunesse, et nos invités, vous qui êtes venus jusqu’à l’église de La Rédemption à Paris, et vous qui êtes présents devant un écran d’ordinateur, chez vous à la maison, seuls ou plusieurs réunis, ou dans une salle de votre paroisse. C’est une nouvelle façon de nous assembler, à laquelle certainement il faudra désormais s’habituer. Ensemble, par la médiation numérique et en présentiel comme on dit, nous sommes en Église.

C’est pourquoi nous rendons grâce à Dieu parce que, malgré les difficultés, nous avons pu enfin organiser le Synode régional 2020, et nous remercions tout spécialement d’une part le Conseil presbytéral de La Rédemption, qui nous accueille, et d’autre part l’équipe technique qui rend possible la connexion de chacun et de tous pour ce moment important de la vie de notre Inspection.

En commençant, nous nous souvenons avec reconnaissance du ministère du pasteur André Lazérus, décédé le 1er novembre dernier, à l’âge de 73 ans. Originaire de l’Alsace, André fut pasteur de la paroisse de Courbevoie de 1983 à sa retraite en 2012, et desservant à L’Ascension de 2006 à 2012. Il fut aussi secrétaire administratif de l’Inspection. André fut également très impliqué dans le jumelage franco-allemand Paris-Munich. Notre prière accompagne son épouse, ses enfants et ses anciens paroissiens.

Compte-tenu du temps limité que nous avons décidé de partager en session synodale ce matin et cette après-midi, mon message n’aura pas la même longueur que ceux de mes prédécesseurs, mais je tenterai de porter un regard sur les temps que nous traversons, et de définir quelques orientations qui me semblent nécessaires pour une bonne marche de notre région ecclésiastique, en restant avant tout un inspecteur à votre écoute.

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On ne peut éviter, vous vous en doutiez, d’évoquer les incidences de la pandémie de covid 19 et de la crise sanitaire qu’elle a induit depuis une année. Plusieurs de nos paroissiens sont touchés par la maladie ou par le deuil d’un être proche. D’autres, hélas parfois les mêmes, ont perdu leur emploi ou ne peuvent discerner un avenir certain. Beaucoup vivent difficilement la solitude. Notre vivre-ensemble a considérablement changé. La pandémie pourrait être perçue comme une agression pour notre foi, mais précisément c’est la foi sur la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ qui nous permet de tenir et de nous encourager mutuellement et solidairement.

Puisque le Synode régional est l’occasion chaque année d’entrevoir les interactions entre le domaine spirituel et pastoral et les questions matérielles et financières, quelques enseignements doivent être tirés en réaction à la crise sanitaire.

Universelle, cette crise nous rappelle que l’être humain, croyant ou non, est un être assujetti à la société dans laquelle il est un acteur, y compris dans une position apparemment sans incidence sur le groupe social. Du coup, a contrario, la crise majeure de notre époque révèle l’importance du lien social et de la communication, avec la frustration pour nous chrétiens, membres d’assemblées et d’associations, de ne plus pouvoir vivre pleinement l’incarnation des cultes, de l’instruction religieuse, des activités paroissiales et de secteur, et des moments conviviaux ou amicaux.

Pourtant, rien n’a manqué à l’inventivité de la plupart d’entre nous pour développer l’attention fraternelle, par exemple en prenant régulièrement des nouvelles des personnes que nous n’approchions plus, ou dans l’encouragement dispensé les uns envers les autres, bien sûr les formes multiples de la prière, mais encore la capacité des conseils presbytéraux à explorer ou redécouvrir plusieurs moyens de communion spirituelle. Grâce aux outils de communication modernes, on a pu décloisonner et fédérer, et même organiser des rencontres régulières de nombreuses personnes à distance, parfois de différentes paroisses ensemble, ce que, peut-être, on n’aurait ni imaginé ni osé auparavant !

En tant qu’Église, nous affirmons une dimension de solidarité dont le rôle doit se vérifier dans toute notre prise de décision. Les sombres perspectives sur le plan socio-économique ne remettent pas en question, bien au contraire, les valeurs de fraternité fondée sur l’Évangile de Jésus-Christ : les signes des temps, alors que sans l’Évangile ils inciteraient à la désespérance, nous stimulent à garder l’exigence du but à atteindre, l’annonce de la foi et le service de Dieu et du prochain.

Oui, traduisons les signes des temps en invitation ! Invitation à prendre en compte la situation présente qui a si rapidement évolué en une année et qui nous appelle à revisiter et réviser nos structures visibles héritées du passé, invitation à poser l’espérance toujours davantage au cœur du monde. Je veux ainsi saluer le projet qui sera mis en œuvre conjointement par les paroisses de Bon Secours, de Saint-Etienne du Perreux et de l’Unité de Noisy-le-Grand, à partir du 1er juillet. Tout en gardant chacune leur statut d’association cultuelle, elles vont travailler ensemble sous la houlette de deux pasteurs.

Face aux réalités de cette crise sanitaire et socio-économique, la peur nous guette mais elle doit être jugulée par l’assurance qu’en toutes circonstances Dieu veille sur nous. Seule à occuper notre esprit et nos comportements, la peur nous paralyse. Mais la confiance nous permet d’éviter l’immobilisme, ce signe puissant et délétère de la mort. Atteignant un niveau d’exigence, qui met en jeu les valeurs évangéliques, la foi nous permet de préserver notre intégrité, de vivre avec une raisonnable prudence et, dans le même temps, d’augmenter notre capacité d’action. Nous sommes ainsi provoqués à la découverte qu’il peut y avoir une autre manière de faire quelque chose de la brièveté de la vie, établir et conserver les liens avec nos semblables.

Pour conclure cette évocation des conséquences du corona virus, je propose qu’à la sortie espérée de cette période difficile, probablement lorsque la vaccination aura été très répandue et constatée efficace, nous fassions un bilan. Nous discernerons les changements d’habitude, les activités nouvelles, les usages instaurés, qui mériteraient de continuer, voire ce qu’il faudrait améliorer. D’ici-là persévérons dans l’adaptabilité aux circonstances et continuons d’explorer sous une forme nouvelle les liens tissés déjà autrement !

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Dix-neuvième Inspecteur ecclésiastique de l’Inspection de Paris et sa région, je remercie à nouveau le Synode régional qui m’a accordé sa confiance. Je suis comme un maillon de la chaine, inscrit dans une continuité qui remonte au 19ème siècle, et je succède au pasteur Jean-Frédéric Patrzynski auquel ma reconnaissance s’adresse spécialement en ce jour de Synode et devant vous les délégués des paroisses : le tuilage s’est bien déroulé entre lui et moi, il m’a initié à ce rôle qui est un service pour l’Église, il m’a associé aux décisions de la fin de son mandat.

Je profite également de cet instant pour remercier chaleureusement Alain Hazoumé-Tamegnon qui a présidé le Conseil régional, et les membres de cette instance, dont les successeurs seront élus au cours de notre session d’aujourd’hui.

Le ministère d’Inspecteur ecclésiastique est avant tout celui de l’unité, et il s’exerce, comme nous y consentons tous chacun à notre place, en complémentarité avec le Conseil régional et ses membres élus, l’ensemble des pasteurs et des ministres. Nous sommes d’ailleurs tous au service du collectif, et l’ensemble ecclésial, avec ses institutions, est aussi pour chacun. C’est un peu comme le « tous pour un, un pour tous » des 4 mousquetaires d’Alexandre Dumas. Ils défendent une cause commune et chacun reçoit le bénéfice d’être partie prenante du groupe.

Notre volonté à nous ensemble, Conseil régional et inspecteur ecclésiastique, a été et demeurera, avec celles et ceux qui nous rejoindront pour y travailler, de consolider l’Église régionale, sur les fondements qui sont les nôtres depuis qu’existe le protestantisme, à savoir la prière, l’écoute et l’annonce de la Parole de Dieu au cœur de notre vocation et de notre mission . On peut bien considérer que c’est là un ADN des protestants !

Dans ce sens, nous voudrions reprendre la pratique des Journées des conseillers presbytéraux, journées de réflexion théologique et de formation continue au ministère de conseiller en paroisse ; nous rassembler dans les cultes régionaux en des occasions liturgiques spécifiques comme le culte du mercredi des Cendres pour le lancement des Actions de Carême ; et restaurer la pratique des retraites spirituelles que depuis plusieurs années nous n’avions plus organisées. La dernière retraite de l’Inspection remonte au temps où la pasteure Claudia Heidemann était parmi nous.

Rendre moins virtuel ce qui se vit en visio-conférence doit être aussi un objectif de court et de moyen termes. Et je voudrai encore proposer ou relever des idées qui ont parfois été lancées sans concrétisation pérennes jusqu’à maintenant : par exemple une chorale régionale ; des échanges entre moniteurs d’écoles bibliques et les animateurs jeunesse ; des moyens plus performants, plus neufs, de communication.

Aller vers l’extérieur est une nécessité de l’essence du christianisme. De manière pragmatique, il s’agit pour nos communautés de rendre plus visibles les activités et la présence tout simplement de nos paroisses là où elles se trouvent, dans leur quartier, dans leur rue…attentives aux passants qui ne remarquent probablement pas qu’on leur offre ici quelque chose, et quelque chose d’unique !

Voici un exemple en forme d’anecdote : en passant récemment devant une église située sur un boulevard très fréquenté, environnée de nombreuses boutiques, j’ai remarqué que sur toutes, ou presque toutes les devantures des commerces, des restaurants et des bars il y avait marqué : « vente à emporter » ou « click and collect » … Or non seulement l’église était fermée, mais en plus il n’y avait rien…à emporter ! Que pourrait-on proposer aux passants ? Une phrase percutante en guise d’interpellation pour une méditation sur l’espérance ?  Un court enregistrement à télécharger ? Un verset biblique, qui changerait tous les jours ou chaque semaine, imprimé sur un gobelet de jus de fruit ou de café ?

Il y a plusieurs initiatives de type missionnaire possibles. Citons-en quelques-unes : la nouvelle implantation à Noisy-le-Grand et la construction de l’église dont la première pierre a été posée le 30 novembre 2019 ; les expositions de la Mission intérieure, un espace à la fois culturel, spirituel et de rencontre ; le projet d’évangélisation dans le monde du travail autour de la paroisse de la Rédemption, projet soutenu par la Fédération luthérienne mondiale et désormais en partenariat avec l’Union des Églises protestantes d’Alsace et Lorraine (UEPAL). Pour ces initiatives et pour d’autres, n’hésitons pas ! Je les encourage et veillerai à en suivre le développement et les renouveaux.

Dans les prochaines semaines, pour cette année, nous organiserons une Journée de formation et de partage des Conseillers presbytéraux, et une autre de réflexion, ouverte à tous, autour des expressions luthériennes de la foi, à partir des articles parus dans le numéro d’avril – juin 2017 de la revue Positions Luthériennes. Toutes les paroisses recevront un exemplaire de cette revue. Notre identité n’est pas exclusive, mais il est bon de la cultiver et d’être en mesure de rendre compte de notre foi dans le monde, mais aussi, et peut-être premièrement, au sein de l’EPUdF qui est notre maison commune.

Puisque j’évoque l’EPUdF, je tiens donc à saluer particulièrement le pasteur Samuel Amedro qui succède au pasteur Bertrand de Cazenove dans la charge du président du Conseil régional de la région réformée parisienne. Que Dieu bénisse son ministère et qu’il bénisse aussi la collaboration entre nos deux régions ecclésiastiques. Je remercie également la pasteure Emmanuelle Seyboldt, présidente du Conseil national, de sa présence parmi nous.

Le dernier mot pour conclure mon message concerne les pasteurs de l’Inspection. Mes collègues sont attachés à la fraternité du corps pastoral. Depuis toujours, nous nous réunissons mensuellement pour échanger et prier. Je tiens particulièrement à la collégialité de notre ministère et à son lien avec l’ensemble des laïcs de l’Église. Il nous faudra sans doute manifester plus explicitement cette dimension de travail commun au service de toute l’Église et pas seulement le poste où chacune, chacun, est nommé. Il faudra aussi enrichir la relation des pasteurs avec les paroisses car le corps pastoral est pour toute l’Inspection.

Chers amis, l’Église espère, elle croît et elle souhaite croître. Que Dieu veuille la bénir ! Et que nous soyons vraiment en mesure de vivre de ses dons confiés à tous, d’en signifier le témoignage et d’en célébrer l’espérance pour le monde.

Laza Nomenjanahary,

Inspecteur ecclésiastique


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