Pensée de carême : « La Parole s’est faite chair »

mercredi 14 février 2018 0

(Jean 1,14)

Je ne veux point voir dans ce passage la trouvaille d’une intelligence rompue aux discussions théologiques, mais l’intuition d’un cœur convaincu, aimé et aimant, s’essayant à définir le Christ, au seuil de son évangile.

La Parole n’était pas restée muette jusqu’à Jésus. Moïse l’avait entendue dans la flamme, Elie dans le vent léger. La Parole avait chanté dans la lyre de David et brulé comme une braise ardente la lèvre du prophète Esaie… Mais à la différence des interprètes que Dieu s’était choisis autrefois, le Christ ne s’est pas contenté de dire la Parole, il l’a personnifiée et l’a vécue dans sa chair.

Ainsi, la Parole s’est levée en Christ pour se mêler aux hommes, et aussitôt nous en avons compris le pouvoir miraculeux. Au contact de cette vie absolument pure, de cette volonté sainte où la Parole ne trouve plus d’obstacle, les malades sont guéris et les péchés pardonnés. Jésus parle à Nicodème et celui-ci s’en retourne avec plus de clarté au cœur qu’il n’y a de nuit dans les champs et sur la ville ; il parle à la samaritaine et de cette âme jaillit une source d’eau vive où se lave tout son passé ; il parle à Marie de Béthanie et dans le cœur de cette femme se lève une aurore… En Christ, la Parole qui fut créatrice, est venue sur la terre comme la puissance de délivrance que celle-ci attendait. Et aujourd’hui encore, le monde est à ceux dont la vie lui apportera une Parole de Dieu !

La chair, c’est ce qu’il y a de mortel en nous. « Toute chair est comme l’herbe qui se fane », disait le Psalmiste, et l’apôtre Paul dira : « l’Esprit est prompt et la chair est faible ». Et voilà bien notre excuse ! Que de belles théories, disons-nous, qui ne supportent pas l’épreuve de la vie pratique… Dieu ne sait-il pas que nous ne sommes que de la poussière et qu’il nous forma avec de la boue ? A-t-il oublié de quel poids pèse la chair aux beaux élans du cœur qu’elle paralyse, et devait-il, s’il nous voulait « parfaits », imposer à notre âme cette demeure charnelle où sa liberté trouva des chaînes, où viennent assaillir, sans cesse, les tourments de la tentation et les terreurs de la mort ?

Ecoutez et méditez, durant cet temps de carême, la réponse : « la Parole s’est faite chair ». La Parole est venue se mesurer à nos luttes, peiner, avoir faim, souffrir, mourir comme nous. La voici dans cette chair « pareille à l’herbe qui se fane », livrée à toutes ces occasions de chute qui nous paraissent inévitables, la voici dans cette demeure de boue où bientôt va frapper la Mort. Quel spectacle que celui-ci ! Et que reste-t-il de nos excuses ?

Jamais la Parole ne nous parut plus sainte et plus pure qu’en ces jours d’épreuve victorieusement supportée, où elle fut faite chair. Loin d’être entraînée par la chair dans la corruption, c’est elle qui a élevé la chair à la vie éternelle. Loin d’y retrouver une séductrice, elle y a trouvé la compagne vaillante de ses victoires. Loin de perdre sa majesté sous cette forme charnelle qu’il lui plût de revêtir, elle en a reçu, comme une splendeur nouvelle, la couleur et le frisson de la vie. Désormais, il ne faut plus dire que les conditions matérielles de la vie soient un obstacle à l’idéal divin, puisque la Parole a pu être chair, tout en restant la Parole, et que c’est même au seuil obscurci de la mort qu’elle trouva ses plus beaux accents !

Ne peut-on pas également supposer qu’une autre pensée guidait la plume de Jean quand il écrivait ces mots : « la Parole s’est faite chair » ? Ce terme est souvent pris dans les Ecritures comme signe de sensibilité et de tendresse. C’est ainsi que l’entend le prophète, quand il oppose au cœur de pierre de ses auditeurs le cœur de chair que le Seigneur veut mettre à la place, ou le Psalmiste quand il crie au Dieu qu’il aime : « ma chair te souhaite en cette terre aride ». Considérée sous ce nouveau jour, l’expression de Jean peut signifier : « la Parole s’est faite amour ». Or, n’est-ce pas là l’image que nous ont conservée de Jésus nos Evangiles ?

Victorieux du péché, il se montra plus que tout autre disposé à le pardonner… A son abaissement volontaire se mesure un profond amour, et nous ne saurions trouver ailleurs un cœur plus grand ouvert que celui qui, venu des gloires de Dieu, est descendu jusqu’au dernier degré de l’échelle des hommes, afin de n’en laisser aucun. Cette solidarité acceptée, avec les plus obscurs, il la gardera jusqu’à la fin. Il restera fidèle à ses frères jusqu’à ce que son cœur se brise. Pour eux, il épuisera sa vie tous les jours ; en même temps que sa parole, il leur donnera sa chair. Il entrera tout entier dans la mort par la porte de l’amour, il descendra au sépulcre enveloppé de son amour fidèle comme d’un linceul immaculé. Et désormais, l’égoïsme ou l’indifférence humaine, la légèreté du plus frivole, le scepticisme du plus grand incrédule, qu’aucune Parole abstraite n’a pu ébranler, ne prévaudront pas contre cette vie fraternelle qui va de la crèche à la croix, et toutes les générations diront en contemplant ce sacrifice : « Ici, nous avons connu l’amour ! ».

Pasteur Laza Nomenjanahary


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