Pasteur Christian Tanon : « La repentance, une bonne nouvelle »

lundi 19 février 2018 0

Prédication donnée le dimanche 18 février 2018 à l’église Saint-Marcel.

Lectures
Psaume 25
1ère lecture : Genèse 9, 8 -15
2e lecture 1 Pierre 3, 18 – 22
Évangile de Marc 1, 12 – 15

Savez-vous quel est le sermon le plus court qui n’a jamais été prononcé ? C’est celui de Jésus Christ. Nous l’avons lu dans l’Evangile de Marc. Jésus se mit à prêcher en disant : « Le temps est accompli et le Royaume de Dieu est proche. Repentez-vous, et croyez à la bonne nouvelle ». On ne peut guère faire plus court. L’essentiel est dit.

Certains ici sont peut-être en train de se dire : c’est le 1er dimanche de carême, nous avons donc droit à un sermon sur la repentance… que c’est ennuyeux !

Quand on parle de repentance, on pense aussitôt à sentence, un mot qui rime aussi avec pénitence, et notre cœur se serre, saisi d’un sentiment coupable : qu’ai-je encore fait de mal ? Alors notre visage s’assombrit et les idées noires nous envahissent. Ou alors, devant l’appel à la repentance, nous pouvons hausser les épaules, et nous dire à nous-mêmes : je n’ai rien à me reprocher, cela ne me concerne pas.

Mais Jésus n’a pas dit : « repentez-vous et faites pénitence ! ». Il a dit : « repentez-vous et croyez à la bonne nouvelle ». Il y a un lien direct entre la repentance et une bonne nouvelle à recevoir.

La bonne nouvelle c’est que le Royaume de Dieu s’est approché. Et le Royaume de Dieu, c’est Jésus Christ.
Jésus Christ s’est approché de vous, de nous, ce matin.

Mais pour recevoir une telle nouvelle, il faut se repentir.

J’aimerais éclaircir ce point.

Que veut dire se repentir ? Est-ce se gratter la tête en se disant : qu’est-ce que j’ai fait de mal ces derniers temps ? Qu’est-ce que je pourrais me reprocher ? Je crois plutôt que se repentir signifie « se placer dans une juste relation devant Dieu ».

La repentance que nous propose Jésus Christ ne se situe pas tant sur un plan moral, que sur un plan spirituel : la question est moins « suis-je coupable ou non d’une mauvaise action, mais suis-je dans une juste relation devant Dieu ? »

Ai-je vraiment pris conscience combien Dieu est grand, et combien devant Lui je suis petit ? Combien Dieu est bon, et combien est limitée ma propre bonté ? Combien Dieu est fidèle, et combien ma fidélité à son égard est fragile ? Ai-je pris conscience qu’Il ne m’oublie jamais, et que moi je l’oublie souvent ?

La repentance est une metanoia (c’est le mot grec correspondant), changement de vision. Changer la façon de voir Dieu et de me voir moi-même devant Dieu. Et à la repentance, nous dit Jésus, est associée une extraordinaire bonne nouvelle.

Quelle est cette bonne nouvelle qu’il faut croire ?

Quelle est cette grâce, quelle est cette bonne nouvelle à laquelle nous devons croire ? Est-ce la santé et la prospérité ? Il ne s’agit pas de cela. La résolution de tous nos problèmes ? Non plus.

Le dernier mot du psaume 139 nous le dit : la bonne nouvelle, c’est la voie de l’éternité.

C’est un bonheur que le monde ne peut nous donner, mais que seul Dieu peut nous donner. Le bonheur de se savoir aimé de Dieu, alors que nous avons toutes les raisons objectives de se sentir jugé, voire condamné. L’apôtre Pierre le dit à sa façon, dans l’épître que nous avons lue : « Christ a souffert une fois pour nos péchés, lui juste pour les injustes, afin de nous amener à Dieu. » Martin Luther, vous le savez, en a fait le fondement de ses prédications : la croix du Christ, si nous y croyons, nous rend justes devant Dieu alors que nous sommes pécheurs. Simul justus, simul peccator.

Mais si nous ne reconnaissons pas que nous sommes pécheurs devant Dieu, il n’y a plus de bonne nouvelle ! Si nous nous disons : je me débrouille sans Dieu ! comment se réjouir de sa présence dans notre vie ? Si nous nions la mort, comment la résurrection peut-elle nous procurer une espérance quelconque ?

Voilà pourquoi, frères et sœurs, la nouvelle que Dieu s’est rendu proche de nous en Jésus Christ, et il le fait encore aujourd’hui, n’est une bonne nouvelle que si nous admettons que nous avons besoin de son secours, de sa grâce, de son amour. Que nous ne sommes ni auto-suffisants, ni invincibles, ni parfaits… loin s’en faut.

L’invitation à la repentance n’est donc pas un rabat-joie, ni un ultimatum. Elle ne nous pousse pas contre un mur. Elle nous pousse à faire le premier pas sur la voie où nous rencontrerons la grâce infinie de Dieu. En vérité, prendre le chemin du repentir devant Dieu, c’est aller à la rencontre de la grâce. Quel bonheur de savoir cela !

C’est Dieu qui fait le premier pas

Plus exactement et en regardant de plus près, ce n’est pas nous qui faisons le premier pas sur le chemin de la réconciliation, mais Dieu lui-même à travers ceux qu’il envoie au-devant de nous.

C’est Dieu qui agit le premier, ce n’est pas nous. Ce n’est pas nous qui décidons un jour de nous tourner vers Dieu, c’est Dieu qui a décidé de s’approcher de nous, et c’est alors que nous prenons conscience de quelque chose.
Quand il s’approche de nous en nous révélant son amour, nous prenons conscience de notre incapacité d’aimer. Et nous nous découvrons incapables d’aimer en retour un tel Dieu.
La grâce qui nous attend nous précède déjà ! Quelle bonne nouvelle !

Permettez-moi un témoignage personnel. A l’âge de 23 ans, étudiant dans un pays étranger, je voulais croire que Dieu était vivant mais je n’y arrivais pas. J’étais angoissé, cherchant à comprendre le sens de ma propre vie. Ma foi se résumait en ceci : je crois aux enseignements de la Bible (que j’avais étudié au catéchisme), je veux bien croire que Dieu existe, mais c’est tout. J’enviais ceux qui avaient la foi. Par habitude ou curiosité intellectuelle, j’allais au culte pour écouter les prédicateurs, toujours très intéressants. Et puis un jour ce fut le choc : la prédication d’un moine bénédictin m’a profondément bouleversé. Chaque mot qu’il prononçait était emprunt de vérité pour moi, et je suis ressorti du culte avec la conviction que Dieu m’avait personnellement parlé. Aussitôt j’ai pris conscience de mes défauts, en particulier mon égocentrisme. Et de mon incapacité à aimer vraiment mon prochain. Simultanément, je savais désormais que Dieu était vivant pour moi, et ma vie spirituelle en fut complètement renouvelée. Une joie profonde et durable s’est éveillée en moi.

Ce n’est pas une question légère

Si désormais nous voyons la repentance comme une bonne nouvelle, n’imaginons pas pour autant qu’elle est facile. Je ne voudrais pas vous laisser croire que la question est simple ou légère, ou que la démarche de la conversion du cœur a perdu de sa gravité, ni de sa nécessité.

Je suis frappé de constater à quel point aujourd’hui nombre de gens sont préoccupés par le péché, la culpabilité, le pardon, sans forcément être capables de mettre des mots précis sur ces réalités de la vie. Ils sont la plupart du temps perturbés par les ombres de leur existence, certains sont accablés par des offenses dont ils ont été victimes, recherchant parfois désespérément quelqu’un à qui en parler, et désireux de savoir comment assumer tout cela devant Dieu.

Assumer tout cela devant Dieu. C’est le « devant Dieu » qui est important.

Les obstacles

Mais pour cela il faut surmonter deux obstacles.

Le premier obstacle a quelque chose à voir avec l’orgueil. Dans notre vie de croyant, l’orgueil est de croire que l’on peut se passer de Dieu. Ce qu’on entend autour de nous nous y pousse, sans que l’on s’en rende compte : Soyez autonomes ! construisez vous-même votre vie, ! votre avenir est entièrement entre vos mains… les slogans publicitaires s’appuient sur ce désir – ce fantasme ?, d’autonomie personnelle. Nous entendons ces recommandations autour de nous sans cesse. Recommandations sans doutes saines si l’on se place sur un plan moral ou psychologique, mais problématiques sur le plan de notre relation à Dieu.

Le deuxième obstacle est la vision que nous avons de Dieu : avons-nous la vision d’un Dieu qui punit et condamne, ou celle d’un Dieu qui conseille et guérit ? En nous plaçant devant Dieu, avons-nous affaire à un juge, ou à un médecin ?

De la conception que nous avons de Dieu dépendra notre désir de lui confier nos soucis et plus fondamentalement notre existence. A un juge nous cachons ce qui pourrait nous porter tort, à un médecin nous lui confions le maximum, dans l’espoir qu’il nous aide.

Ayant surmonté ces deux obstacles, nous en découvrons un troisième : la crainte du changement que tout cela entraîne. Où cela risque-t-il de nous conduire ? Il y a quelques années, des adolescents se sont retrouvés un week-end à Pierrefonds, ils étaient près de deux cents, autour de la question : et si Dieu chaussait tes baskets ? jusqu’où cela te mènera-t-il ? Nous ne savons pas justement jusqu’où cela nous mènera. Question de confiance.

L’orgueil, la crainte du Dieu juge, ou encore la crainte du changement, autant d’obstacles ou de barrières qui surgissent sur notre chemin vers Dieu. Comment ne pas nous décourager ? Sommes-nous capables de les surmonter ?

Croyez, frères et sœurs, que Dieu ne cesse de nous aider à les surmonter.
A Noé et ses descendants, Dieu a envoyé un signe dans le ciel, l’arc en ciel, pour les rassurer : « non, plus jamais je n’enverrai le déluge, ni une catastrophe qui détruira la terre. » Ils avaient bien des raisons d’avoir peur de Dieu. Quelle vision avaient-ils de lui ? Un Dieu capable de détruire tous les hommes ? Mais le signe dans le ciel les a aidés à changer leur vision de Dieu.

Par la suite Dieu n’a cessé de manifester sa fidélité et sa bonté envers les hommes. Aujourd’hui encore il nous envoie des messagers, des témoins et des frères dans la foi, qui nous annoncent la bonne nouvelle de Jésus Christ.

Alors que nous reste-t-il à faire ? Il nous reste à accomplir un acte de foi, un acte de confiance qui consiste à dire « oui » à Dieu, porteur de cette bonne nouvelle. C’est cela, finalement, la repentance.

L’entrée en carême, c’est comme faire le point pour vérifier si le bateau n’est pas parti à la dérive ; les courants et les tourbillons de vent lui ont fait peut-être perdre le cap initial. Un coup de barre est nécessaire pour reprendre le bon cap.

C’est exactement ce que fait le psalmiste , dans la finale du psaume 139, et je terminerai par là :

Sonde-moi, ô Dieu, et connais mon cœur !
Eprouve-moi, et connais mes pensées !
Regarde si je suis sur une mauvaise voie,
Et conduis-moi sur la voie de l’éternité !

Amen.

Pasteur Christian Tanon


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