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« Sauvegarde de la création : un espoir plus grand que nos rêves ? » – Paroisse Trinité-Saint-Marcel

« Sauvegarde de la création : un espoir plus grand que nos rêves ? »

lundi 9 décembre 2019 0

Prédication du pasteur Eva Guigo – Patzelt, EPUdF – paroisse luthérienne de Bourg-la-Reine – au culte régional de la Réformation, jeudi 31 octobre 2019, au Temple de Levallois.

Textes bibliques : Psaume 46  ; Matthieu 10, 26 – 33

Sœurs et frères,

« Un espoir plus grand que nos rêves » : tel est le verset retenu pour le culte qui nous réunit ce soir. Cela sonne bien, confiant, optimiste, alors que le thème de environnement et de l’écologie ne suscite pas toujours l’optimisme. D’ailleurs, le point d’interrogation sur les affiches trahit peut-être un certain scepticisme.

Les rêves qu’on fait pendant la nuit disent quelque chose sur notre état d’esprit et nos soucis ; les rêves au sens plus figuré sont une façon de nous projeter dans l’avenir : un avenir plein d’incertitudes quand on pense aux défis environnementaux, des incertitudes à grande échelle et sans échappatoire possible, à moins de changer de planète. Faut-il alors parler de rêve, ou peut-être plutôt de cauchemar ?

Ces questions, nous en parlons beaucoup dans l’Église actuellement, avec les synodes de cette année, ou encore la démarche de l’« Église verte » dans laquelle plusieurs communautés se sont engagées. Ce faisant l’Église est parfaitement en phase avec des préoccupations beaucoup plus générales. Se pose seulement la question de savoir quel rapport celles-ci ont avec notre foi, en quoi elles relèvent du spirituel, de notre relation à Dieu.

Pour penser ces rapports, plusieurs options possibles, chacune a ses partisans et des textes bibliques à l’appui ; car c’est une de ces thématiques dont la Bible ne parle pas explicitement.

Option 1) : pas se soucier, car Dieu nous sauvera.

Quand on se demande quel pourrait bien être notre rêve, dans le domaine de l’environnement, le Psaume 46 affirme : « Dieu est pour nous un refuge et un fort, un secours toujours offert dans la détresse. Aussi, nous ne craignons rien quand la terre bouge, quand les montagnes basculent […] Le Seigneur de l’univers est avec nous. »

La phrase « un espoir plus grand que nos rêves » est une expression tirée du cantique, éloignée du Psaume lui-même, mais sur le fond, elle n’est pas contraire au message de celui-ci.

D’autres pensent peut-être à la promesse faite à Noé, après le déluge, de ne plus jamais envoyer de destruction pareille sur la terre (Gn 9).

→ risque de cette première option : c’est un peu paresseux, pas la peine d’agir, d’assumer des responsabilités, puisque Dieu interviendra pour tout arranger ;

→ problème : ne marche pas comme ça quand on regarde l’histoire biblique : depuis la décision d’Ève et d’Adam au jardin d’Éden jusqu’à la résurrection du Christ à jamais marqué de stigmates, l’histoire n’a jamais ressemblé à un jeu vidéo où on peut repartir du début comme si de rien n’était ; Dieu pardonne et ouvre de nouveaux chemins, mais ne passe pas derrière les hommes pour réparer leurs bêtises ; ce serait donc trop simple.

Option 2) : Dieu est souverain, c’est lui qui commande dans l’univers, donc si la terre s’écroule, c’est que Dieu l’aura voulu.

cf. aussi en partie le Psaume 46 : « Dieu a donné de la voix et la terre a fondu », « allez voir les actes du Seigneur, les ravages qu’il a faits sur la terre »

→ interrogation spirituelle qui paralyse, car vouloir agir contre le plan de Dieu est pour le moins insensé

Option 3) : Dieu nous a confié la terre, et nous devrions en prendre soin.

Position souvent appuyée sur l’ordre dans le deuxième récit de la création (Gn 2), donné à l’homme, de « cultiver et garder » l’environnement dans lequel il vit.

→ une compréhension qui culpabilise (Dieu avait confié une tâche à l’être humain et jusqu’ici nous avons plutôt fait le contraire), angoisse qu’il pourrait être trop tard, mais en tout cas c’est mobilisateur pour changer de comportement au moins maintenant

→ quand on se réfère ainsi à Gn 2, au tout début de l’histoire biblique, surgit cependant la question de savoir où Dieu est passé après avoir donné cet ordre aux humains nouvellement créés ;

cf. pas de texte explicitement sur le sujet, ce qui peut donner à penser que les propos de la Bible d’il y a au moins 2000 ans ne seraient pas forcément d’actualité dans ce contexte.

D’autant plus que nous sommes tous en même temps citoyens, peut-être membres d’autres associations, et pouvons parfaitement militer en dehors de l’Église pour la préservation de la nature.

Le risque est grand alors de tomber dans un certain activisme, poussé par l’urgence (« urgence climatique »), en oubliant ou en écartant Dieu, parce que justement son rôle n’y est pas forcément clair. La sauvegarde de la création ne serait pas la première cause, dans l’histoire, à connaître cette évolution. Et s’associer à tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté, quelles que soient leurs croyances par ailleurs, se justifie parfaitement ; c’est sans doute dans l’intérêt d’une action efficace. N’y aurait-il donc pas de rapport direct à établir entre cet engagement et notre relation à Dieu ? L’espoir plus grand que nos rêves consisterait alors à espérer que nous y parviendrons, à sauver cette planète, ou à la limite que Dieu nous donne les forces nécessaires pour sauver le monde.

Or si nous nous sommes retrouvés pour un culte autour de la « sauvegarde de la création », en cette fête de la Réformation , c’est qu’il doit y avoir plus à chercher et à trouver, plus à espérer, qu’un Dieu qui interviendrait pour résoudre les problèmes à notre place, ou un Dieu source d’énergie auprès duquel nous ressourcer pour mieux repartir. C’est l’occasion de nous interroger sur ce Dieu dans lequel nous croyons, et sur notre place, par rapport à lui et par rapport au monde.

Et c’est là qu’une expression vient toujours me gêner, quand on parle écologie : c’est le mot « sauvegarde ». Non pas parce que de nos jours, il fait penser à l’ordinateur, mais parce qu’il est trop proche de la racine « sauver ». Et ce n’est pas juste une question de langage : parfois on peut avoir l’impression qu’il s’agit de cela : de sauver la planète, la biodiversité, la vie sur terre, l’écosystème … il y a là généralement quelque chose d’assez émotionnel, et comme si le destin du monde dépendait de l’homme.

Il est sans doute sage de prendre conscience des répercussions de nos actes et de tout le mal que nous pouvons faire ; mais quelle prétention que de nous croire capables, ou chargés, de sauver le monde !

Je ne le dis pas juste parce qu’en l’occurrence, tout semble indiquer plutôt que nous avons beaucoup de mal à sauver quoi que ce soit.

Mais même si l’humanité, par des efforts conjoints, arrive à limiter le réchauffement climatique, à enrayer la disparition d’espèces, il faudra bien se garder de prétendre qu’on aurait « sauvé » la terre, quelles qu’extraordinaires soient nos œuvres ; Dieu sait beaucoup mieux ce qui est bon pour sa création que nous humains. Et ce n’est pas le rôle de l’homme dans le monde ; d’ailleurs le reste de la création ne tourne pas autour de l’espèce humaine même si nous pouvons avoir du mal à le concevoir. « Reconnaissez que je suis Dieu ! », comme le dit le Psaume 46 ; Dieu seul sauve, Dieu seul dirige le monde, et non pas l’homme.

Si nous sommes tentés de sauver ce qui peut être sauvé, c’est qu’il est beaucoup question de culpabilité dans ce débat : si on en est là, c’est de notre faute. Avec le risque de trouver toujours plus coupable que soi : ceux qui conduisent de grosses voitures, ceux qui mangent de la viande, qui font des voyages en avion, qui se chauffent avec les mauvaises ressources, ceux qui font encore des enfants …

La situation est d’autant plus compliqué que nous sommes pris dans des systèmes qui nous dépassent, dans lesquels chacun a un pouvoir et un impact limités. L’avantage de cette prise de conscience contemporaine est peut-être que l’homme se rend compte qu’il n’est pas aussi libre qu’il se plaît généralement à le penser.

Toutes ces interrogations, toutes ces accusations et cette culpabilité, suggèrent qu’il est question, au fond, de nous-mêmes, dans cette affaire, de notre bonne ou mauvaise conscience, de notre peur devant un avenir qui paraît bouché. Or les états d’âme de l’homme, la Bible s’y connaît. Ce n’est pas la première fois que, collectivement ou individuellement, les hommes se trouvent devant une situation sans issue. Même si rétrospectivement les problèmes qui ont laissé des traces dans la Bible paraissent moins graves, pour ceux qui les ont vécus ils l’étaient, et l’expérience qu’eux ont pu faire avec ce Dieu nous parle. Leur témoignage nous invite à mettre notre confiance en un Dieu qui promet de faire toutes choses nouvelles, un Dieu capable de faire surgir de la vie là où tout était mort ; avoir confiance même si nous voyons mal comment le monde pourra s’en sortir cette fois-ci. Comme le disait la version chantée du Psaume 46 : « je suis Dieu ; devant vous j’élève un espoir plus grand que vos rêves ». Même nos rêves les plus audacieux ne sauraient approcher de ce que Dieu prépare.

Si nous ne connaissons pas l’avenir de notre planète, rien ne laisse penser que la (meilleure) solution consistera à en éradiquer l’espèce humaine. L’évangile que nous avons entendu tout à l’heure rappelle à sa manière la valeur qu’a l’homme aux yeux de Dieu, envers et malgré tout. D’autres voient aujourd’hui en lui le premier tueur en série d’espèces et d’écosystèmes, coupable par sa seule existence ; Jésus affirme que même nos cheveux sont comptés, que nous sommes précieux et que nous valons mieux que tous les moineaux. Que Dieu accueille l’homme embourbé dans son péché, incapable de s’en sortir tout seul, cet homme qu’il aurait toute raison de rejeter, que Dieu l’accepte par grâce, en vertu de la foi, voilà ce que nous croyons. En Jésus Christ crucifié et ressuscité, Dieu nous offre la vie, une vie nouvelle, une vie plus forte que la mort, plus forte que l’angoisse, plus forte que les incertitudes.

Cela ne signifie évidemment pas que les conditions de vie des moineaux ne seraient pas à préserver. Ce n’est pas parce que la problématique écologique ne constitue pas le noyau de notre foi, qu’il n’y aurait pas nécessité d’agir, de changer de comportement.

C’est d’ailleurs un faux débat, déjà les réformateurs il y a cinq siècles étaient accusés, en contestant la pertinence des bonnes œuvres pour le salut, de mettre fin à tous les comportements et gestes vertueux. L’homme qui se tient devant Dieu s’engagera au contraire « spontanément » et « de bon cœur » (Luther) dans les affaires de ce monde. Mais sans perdre de vue qu’il n’a pas à perdre son âme pour gagner le monde, ou à oublier sa relation avec Dieu dans ses combats quotidiens.

Devant les défis qui sont les nôtres, l’homme aura alors tout pour lui : un espoir plus grand que nos rêves (sans point d’interrogation cette fois-ci) ; une confiance plus grande que tous nos cauchemars et incertitudes.

Amen.


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